Notes d’intention

Aujourd’hui les gens ont peur, mais se trompent de peur. Ils ont peur de la liberté, mais pas de devenir esclaves. Ils ont peur de l’insécurité, mais pas de s’enfermer. Ils ont peur de se faire avoir, mais pas d’exploiter. Ils ont peur de se donner, mais pas de se limiter.
L’expérience de Milgram [1] nous a montré jusqu’où l’homme est capable d’aller par soumission et désengagement. Aujourd’hui la lutte contre le terrorisme semble justifier la répression et l’atteinte aux libertés individuelles. Cette criminalisation à tout va et la logique carcérale qui va avec nous entraîne vers ce futur affolant et « Martine » agit alors comme une mise en garde, un réveil nécessaire.
On pourrait penser qu’une femme, en bonne fille d’Eve, prône la désobéissance et la connaissance.
Pas Martine.

On connaît Martine, cette petite demoiselle de bonne famille des albums de notre enfance…
Proprette, joyeuse et très correcte, elle représentait un moule parfait de l’enfant sage, bien-pensante, innocente et légère. Un modèle qui se plie à la politique ambiante…
Que serait Martine, dès lors, sous une dictature, un état policier, répressif ? Toujours jolie, toujours polie, mais adhérant à 100% à la politique du pays. Martine, un peu grandie pour l’occasion, teenager fraîchement diplômée de l’Ecole des Jeunes Gardiennes de Notre Commandeur, vient présenter les Nouvelles Technologies Punitives, techniques de persuasion et de correction mises au point par l’armée et les scientifiques.
A l’aide d’objets récupérés et bidouillés, Martine montre au public des machines à faire peur, à faire mal, à faire parler, avec le sourire de l’hôtesse de l’air qui annonce que tout va bien et que les fortes perturbations ressenties ne sont qu’une boutade du pilote.
Car ne nous y trompons pas : il s’agit d’un spectacle à double lecture, d’une comédie légère à petit goût grinçant, d’une historiette décalée, distanciée, et donc tout public. Le public, lui, réagit, participe, gronde, rit, teste les objets et les fait tester. Martine, tour à tour bourreau et victime, se fait prendre à son propre jeu…

Tel un conte futuriste, « Martine et les machines » se situe hors du temps et de l’espace, mais parle, sous des dehors de démonstration tupperware légère, de la « torture propre » inventée par des psychologues et des techniciens sans que nul ne s’en formalise, mais avec la distance nécessaire à l’humour (noir), parce que quand même il faut bien rire (jaune).

« Le sourire vitrifié de la jeune-fille cache toujours une colonie pénitentiaire » Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille, Tiqqun.

Notes

[1] « La soumission à l’autorité » : série de tests demandant à un vrai cobaye humain de faire subir des électrochocs à un faux cobaye humain sous couvert d’expérience scientifique sur la mémoire, ce afin de comprendre la soumission à l’autorité dans les camps de concentration nazis.